Gérer la culpabilité

Rares sont les personnes qui n’éprouvent jamais de culpabilité. C’est pour cela qu’elle est utilisée par les manipulateurs pour obtenir ce qu’ils veulent des autres. Apprendre à tolérer sa propre culpabilité, c’est déjouer leur influence et gagner en respect.

Le sentiment de culpabilité semble très répandu dans notre société. De nombreuses personnes s’en plaignent régulièrement. Il est vrai que les raisons ne manquent pas : « J’ai l’impression de priver mes enfants de leur père suite à notre divorce », « Je vois bien que ma vieille mère s’ennuie dans la monotonie de ce home pour personnes âgées », « J’ai tellement de travail ! Je n’ai plus d’énergie à consacrer à mes enfants quand je rentre le soir », « Il y a tellement de misère dans le monde. Je devrais être plus généreux…». Je ne saurais trop m’étendre sur les origines de la culpabilité, ni sur l’influence de l’éducation ou de la religion. Mon propos est plutôt d’analyser les effets de la culpabilité sur la communication. Cela permettra de dégager une façon de gérer ce sentiment particulier.

Culpabilité et pouvoir vont de pair

Il y a une saine culpabilité liée à la conscience d’avoir mal agi. Elle incite à reconnaître ses torts et à essayer de réparer les dégâts. Mais il y a aussi une culpabilité plus diffuse qui mine la joie de vivre. Celle-ci est souvent liée à une responsabilité exagérée. En effet, si je me sens responsable de quelque chose, je cours le risque de me sentir coupable quand cela se passe mal. En d’autres termes, je me sens coupable lorsque je n’arrive pas à influencer les événements comme je le désire, même si ceux-ci sont clairement hors de mon contrôle. Culpabilité et illusion de pouvoir vont de pair. Prenons le cas ce cette mère divorcée qui se sent coupable de priver ses enfants de leur père. Sans doute pense-t-elle qu’elle avait le pouvoir d’éviter ce divorce ? Mais c’est sans compter qu’une relation conjugale, ça se construit à deux ! Même avec la meilleure volonté, elle ne peut à elle seule faire marcher la relation. Quoi qu’elle fasse, son partenaire peut quand même décider de s’en aller.

Facilement manipulables

La culpabilité affecte la qualité de la communication. Elle prépare le terrain à la manipulation. En effet, les gens qui éprouvent de la culpabilité sont facilement manipulables. Ils sont prêts à agir contre leur gré pour atténuer leur sentiment de culpabilité. Il suffit d’utiliser les paroles adéquates pour obtenir ce que l’on veut de leur part. Par exemple, les enfants de cette mère divorcée apprendront à utiliser des arguments comme « Papa, lui, nous aurait acheté ce jouet. » ou « C’est pas juste ! Papa nous laisse regarder la télévision, lui. ». Ou alors, la parole de prédilection de cette dame âgée deviendra « Après tout ce que j’ai fait pour vous ! » afin d’augmenter le nombre de visites de ses enfants.

Différencier acte et sentiment

Comment peut-on gérer ses propres sentiments de culpabilité sans se laisser manipuler ? Je suggère de bien différencier le sentiment des actes qu’il nous pousse à accomplir. Eprouver de la culpabilité, c’est une chose. Agir pour atténuer ce sentiment désagréable, cela en est une autre. En fait, il s’agit d’apprendre à tolérer la culpabilité, à l’accepter. Ainsi, cette mère divorcée pourrait se dire : « OK. C’est vrai que je me sens coupable d’avoir privé mes enfants de leur père. Mais ce n’est pas une raison pour les autoriser à regarder ce film que j’estime trop violent pour eux. ».

En résumé, je conseille d’accepter de vivre les sentiments de culpabilité plutôt que de vouloir les éviter à tout prix. Cela enlève une prise aux personnes qui essaient de nous manipuler. Je pourrais dire alors : « C’est vrai, je me sens coupable. Mais je ne vais pas pour autant faire ce que tu souhaites. ».

YAT

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