Les deux niveaux de la communication

Il y a au moins deux niveaux de communication différents : l’un concerne les enjeux matériels, l’autre les enjeux relationnels. Ne pas les distinguer, c’est sûrement s’exposer à des conflits stériles.

Une petite scène de ménage entendue récemment va nous permettre de distinguer ces deux niveaux :

Monsieur est assis devant la télévision, tout absorbé par le téléjournal. Madame rentre de sa journée de travail, et remarque la poubelle qu’elle avait préparée avant son départ.
- Chéri, tu m’avais pourtant promis de sortir la poubelle en partant ce matin !
- Oui, oui...
- Tu vas la sortir maintenant, alors ?
- Oh, laisse-moi tranquille, tu vois bien que je regarde les nouvelles!
- Mais tu m’as promis de t’en occuper, et elle commence à sentir mauvais.
- Ecoute, si c’est tellement important pour toi, sors-la toi-même ! J’ai assez travaillé pour aujourd’hui, moi, et en plus je suis occupé.

Madame empoigne alors rageusement le sac de poubelle, et sort de l’appartement en claquant la porte.

« Casse-toi » ou « Veuillez me laisser tranquille »

Le premier niveau de la communication concerne les enjeux matériels. Dans cet exemple, le sujet de conversation principal est la poubelle. L’enjeu est clairement que les ordures soient sorties de l’appartement. Trop souvent, c’est le seul aspect du dialogue qui est retenu, occultant un deuxième niveau, le niveau relationnel. Celui-ci contient la définition de la relation, la façon d’être avec l’autre. Par exemple, « Casse-toi ! » et « Pouvez-vous me laisser tranquille, s’il vous plaît ? » sont deux messages qui véhiculent le même contenu. Mais ils sont fondamentalement différents par le lien qu’ils impliquent entre les interlocuteurs. Le niveau relationnel véhicule également un enjeu. Dans notre exemple, cet enjeu relationnel est le respect de chacun.

Il est dangereux de sacrifier l’un des enjeux aux dépends de l’autre. Par exemple, Madame peut se dire : « Je ne vais pas faire d’histoires pour si peu et gâcher la soirée. Tant pis, je sortirai la poubelle moi-même ». L’enjeu relationnel est alors sacrifié, car elle ne se respecte pas : elle se soumet à la façon de voir de son mari (regarder la télé est plus important que sortir la poubelle, ou sortir la poubelle est un travail de femme). Cela risque de créer des frustrations et de faire exploser la relation à long terme. Elle peut, au contraire, sacrifier l’enjeu matériel et dire : « Je ne sortirai pas la poubelle. Tant pis ! ». Mais elle devra alors supporter l’odeur nauséabonde toute la soirée.

Trop souvent, l’un des enjeux est sacrifié aux dépends de l’autre

Pour une bonne communication, il faut simultanément prendre en compte les deux niveaux. Dans la scène de ménage évoquée, en apercevant son mari devant le poste de télévision et la poubelle encore dans la cuisine, Madame pourrait dire, par exemple : « Je ne me sens pas respectée lorsque tu ne fais pas ce que tu as promis de faire (niveau relationnel). Je te demande à nouveau de sortir la poubelle (niveau matériel). Si cela ne te convient pas, je souhaiterais que nous ayons une discussion. » Monsieur peut alors répondre aux deux niveaux : « Je suis désolé, j’ai oublié ce matin. Pour le moment, c’est important pour moi de voir la fin des nouvelles (niveau relationnel). Je sortirai la poubelle sitôt après (niveau matériel), si c’est O.K. pour toi. ». Ainsi, personne ne perd la face. Chacun se sent respecté dans son choix des priorités. Les deux enjeux sont reconnues, différenciés, et la qualité de la relation est sauvegardée.

Car, s’il est facile de se débarrasser d’une poubelle encombrante, il l’est beaucoup moins des frustrations qui nuiront tôt ou tard à la qualité de vie et à la relation.

YAT

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